Menaces sur l’emploi chez ArcelorMittal

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icone Extrait de l'hebdo n°3954

L’inquiétude continue de croître quant aux décisions que s’apprête à prendre ArcelorMittal au sujet de ses sites en France. L’annonce récente d’un plan de délocalisation d’une partie de ses fonctions support européennes vers l’Inde renforce ce sentiment…

Par Sabine IzardPublié le 25/02/2025 à 13h00

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© Bastien Crequi/RÉA

Les menaces sur l’emploi se sont concrétisées chez ArcelorMittal France. Le 11 février 2025, en comité d’entreprise européen, le groupe de sidérurgie (il emploie près de 15 000 salariés en France et plus de 50 000 en Europe) a informé les élus de sa volonté de délocaliser l’ensemble des fonctions support – ressources humaines, finances, achats, ventes et marketing, supply chain et informatique – vers un business service hub en Inde. Au total, « 37 sites en Europe sont concernés, et les fonctions support représentent environ 20 % des effectifs de ces sites. On peut facilement imaginer l’ampleur de l’impact sur l’emploi d’une telle annonce », explique, inquiet, le coordinateur CFDT d’ArcelorMittal, Jean-Marc Vecrin. « Les sociétés françaises touchées seraient ArcelorMittal France, ArcelorMittal Downstream Solutions, ArcelorMittal Construction, Industeel et ArcelorMittal WireSolutions. Depuis 2008, un business center of excellence en Pologne a déjà concentré de telles fonctions, comptant aujourd’hui plus de 1 000 salariés », poursuit le militant.

« La direction d’ArcelorMittal a expliqué que les incertitudes économiques persistantes en Europe [liées à la hausse du coût de l’énergie, à la baisse du marché de 30 % depuis 2019, notamment dans le secteur de l’automobile, à la concurrence extra-européenne à bas prix auquel tout le secteur de l’acier doit faire face] continuent d’affecter le marché et les résultats de l’entreprise. Les initiatives de réduction des coûts déjà mises en place ne leur suffisent pas, le groupe est en deçà des pratiques de rentabilité de référence dans plusieurs domaines. Nous avons demandé à tous nos représentants au sein des sites de lancer des droits d’alerte, ce qui permettra de mettre les experts dans la boucle. »

Un désengagement progressif du groupe en Europe

Au-delà de cette énième annonce, c’est bien le désinvestissement progressif du groupe en France et en Europe qui inquiète les élus. Le 25 novembre 2024, déjà, ArcelorMittal avait annoncé la fermeture des deux sites industriels de Reims et Denain. Avec ce PSE, ce sont 135 emplois directs qui disparaissent. À Fos-sur-Mer, il n’existe plus qu’un seul haut-fourneau en activité. À Dunkerque, le groupe a repoussé, à une date non déterminée, son grand projet d’acier vert.

Devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le président d’ArcelorMittal France, Alain Le Grix de la Salle, n’a pas hésité, le 22 janvier, à préciser ses intentions : « Sans des mesures urgentes et concrètes qui définissent un cadre équitable, nos investissements en matière de décarbonation ne peuvent pas être décidés. Comme il a été indiqué à la Commission européenne, c’est l’ensemble de la filière Europe, les hauts-fourneaux qui sont en jeu et à risque. ArcelorMittal a actuellement douze hauts-fourneaux en activité en Europe, dont trois en France […]. Les producteurs d’acier européen représentent 300 000 emplois directs. » « Votre groupe a obtenu 850 millions d’euros d’aides à la décarbonation à Dunkerque […] et près de 130 millions d’euros ont déjà été engagés par l’État. Pouvez-vous nous présenter les projets menés avec cet argent ? », l’a alors interpellé le député socialiste Julien Gokel.

Interrogations sur le bien-fondé des soutiens publics

« Nous assistons à un discours complètement décomplexé de la part des dirigeants du groupe, affirme Christèle Khelf, secrétaire générale adjointe à la CFDT Métallurgie. Dès qu’il est en difficulté, le groupe ArcelorMittal se sert des aides publiques. Ce sont des variables d’ajustement pour lui. Cela fait partie de sa stratégique financière. Et s’il n’obtient pas ce qu’il demande, il investit ailleurs (par exemple aux États-Unis) et délocalise en Inde. »

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

La CFDT estime que le site de Reims pouvait être rentable. Il y a eu par ailleurs des financements d’activité partielle depuis un certain nombre d’années, qui avaient justement vocation à préserver l’emploi sur les différents sites. Bien évidemment, cela remet en question le bien-fondé des soutiens publics. La CFDT Métallurgie demande donc des contreparties sociales pour chaque aide publique fournie. En outre, elle souligne – avec la CFDT Chimie Énergie et la CFDT Défense, dans un courrier adressé le 20 février à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au ministre français chargé de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci – « l’urgence d’un cadre pour mettre un terme à la désindustrialisation et protéger les travailleurs et la capacité industrielle ».