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Extrait de l'hebdo n°3954

Parmi les défis stratégiques auxquels doit faire face l’Union européenne, celui de la Défense se fait de plus en plus prégnant. Longtemps divisés sur cette question, les Vingt-Sept s’abritaient derrière le « parapluie » de l’Otan pour assurer la dissuasion et la défense militaire. L’attaque de grande envergure de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, a une première fois rebattu les cartes.
Alors qu’en 2023 seuls dix pays de l’UE consacraient plus de 2 % de leur richesse nationale (PIB) aux dépenses militaires, ils sont seize aujourd’hui, dont la France et la Pologne, y consacrant même plus de 4 %. La réalité de la guerre aux frontières de l’Europe et la menace que font peser les visées impérialistes assumées de Vladimir Poutine ont jeté une lumière crue sur les faiblesses de la défense européenne.
L’accession de Trump au pouvoir et sa volonté de désengager les États-Unis du conflit en Ukraine, d’une part, et de réduire leur participation dans l’Otan, d’autre part, ont sonné la deuxième alarme.
L’idée d’une défense européenne et d’une autonomie stratégique militaire, position portée par la France, fait aujourd’hui l’objet d’un plus large consensus. Même l’Allemagne y semble dorénavant prête, comme l’a déclaré le probable futur chancelier (Friedrich Merz) à l’issue des élections fédérales de dimanche dernier. Cela suppose que chaque pays de l’UE y consacre un budget plus important, cela suppose aussi un plan industriel européen pour éviter que ces sommes colossales profitent avant tout aux fabricants d’armement américains.
Enfin – sans préjuger du résultat des discussions et de l’éventualité d’un accord de paix ou, à défaut, d’un cessez-le-feu –, l’UE ne saurait abandonner l’Ukraine à son sort et devra maintenir, voire accentuer, son effort militaire. L’Europe a longtemps profité des dividendes de la paix : le contexte géopolitique mondial lui impose aujourd’hui d’affermir la défense de ses intérêts, y compris en matière de défense militaire.