Retrouvez le dossier complet
Des mots, des maux…
Les centres de formation d’apprentis sont de plus en plus démunis face aux jeunes qui ne maîtrisent pas les bases de la lecture, de l’écriture ou du calcul. Plusieurs raisons sont avancées dont l’organisation de la formation et le manque de moyens. Les besoins sont pourtant criants, comme en témoignent des formateurs du secteur du bâtiment.

Dans le secteur du BTP, l’illettrisme et l’illectronisme peuvent constituer des freins importants pour exercer son emploi dans de bonnes conditions. Les salariés doivent en effet s’adapter au développement des outils numériques, de plus en plus présents dans leur environnement de travail (logiciels de gestion, de plans en 3D, de suivi de chantier, de pose de congés ou de consultation des fiches de paie).
De plus, l’illettrisme et l’illectronisme peuvent entraver la compréhension des consignes de sécurité, augmentant ainsi les risques d’accident. Malheureusement, dans ce secteur, les difficultés rencontrées par ces travailleurs ont commencé très tôt, dès les bancs de l’école.
“Certains jeunes, qui passent le brevet pro, ne parviennent pas à développer leur pensée. La plupart ne font pas le lien entre la théorie et la pratique. ”
« Une partie des jeunes qui arrivent chez nous sont en grande difficulté en français et en mathématiques », explique ainsi Martial Vincent, élu CFDT et formateur en maçonnerie au Bâtiment CFA (centre de formation d’apprentis) Bourgogne-Franche-Comté, à Besançon. « En brevet professionnel, par exemple, qui est un équivalent du bac, on leur demande de rédiger un rapport d’activité. Mais seuls, ils n’y arrivent pas. Ils ne parviennent pas à développer leur pensée. La plupart ne font pas le lien entre la théorie et la pratique. » Ces difficultés ont un impact sur leur vie professionnelle. « À l’issue de leur formation, ces jeunes sont censés être employables sur le chantier et devenir des chefs d’équipe. Mais les employeurs rechignent à les recruter car ils ne peuvent pas leur confier de responsabilités. Sur un groupe de dix jeunes, aujourd’hui, quatre seulement lisent correctement les consignes. »
Moins d’heures théoriques
Ce militant de la CFDT regrette que la réforme du financement de la formation professionnelle de 2019 ait retiré aux CFA des heures de formation théorique. « Avant, les jeunes alternaient une semaine en formation et deux semaines en entreprise. Aujourd’hui, ils n’ont plus que dix semaines de formation au centre. Et de plus en plus de cours sont dispensés en distanciel. En français, par exemple, nous les voyons trois heures, une fois par mois. Avec ça, on ne va pas bien loin. »
Il y a encore peu, des heures de soutien en français étaient financées par le Fonds social européen. « Lorsque l’on repérait des jeunes en difficulté, on pouvait leur proposer un accompagnement renforcé. Mais c’est fini. Nous n’avons plus les moyens de les aider, explique sa collègue Roselyne Maillot-Maréchal, documentaliste dans le même établissement. Malheureusement, le rythme de l’alternance ne nous permet pas de les faire progresser. » Elle note également un nombre croissant de jeunes primo-arrivants allophones. « Aujourd’hui, ils représentent 30 % de nos effectifs. Ces jeunes ne savent pas lire, pas écrire, très peu compter. Ça ajoute de la difficulté à la difficulté. »
Ils manquent également de bases dans l’utilisation de l’outil informatique. « Pourtant, c’est une compétence demandée dans les référentiels diplômes et sur les chantiers », explique Julien Petit, formateur au BTP CFA Picardie. Selon lui, les apprentis accueillis au CFA rencontrent de grosses difficultés dans la maîtrise des outils informatiques de base, c’est-à-dire Word, PowerPoint, Excel. « La plupart ne savent pas ouvrir un e-mail ni même faire une présentation Word. Pourtant, ils en ont besoin pour valider leurs diplômes ; et après dans leur vie professionnelle pour réceptionner leurs fiches de paie, valider leurs heures de travail ou encore faire des demandes de remboursement de frais. Mais ils ont une heure d’enseignement informatique par semaine. C’est trop peu ! »