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Extrait de l'hebdo n°3959
Chez Arrivé-Maître CoQ, les questions liées aux cadences de travail et à la pénibilité de l’activité sont prises à bras-le-corps par la CFDT, qui vient de signer un accord d’aménagement des fins de carrière.

Comme chaque mardi, les délégués syndicaux d’Arrivé-Maître CoQ1 se retrouvent pour aborder les points chauds du moment. La frénésie du dialogue social au sein de l’entreprise ne leur laisse que peu de répit. Alors que les NAO2 viennent tout juste de s’achever, il faut déjà penser à l’après : égalité femmes-hommes en cours de négociation, qualité de vie au travail, GEPP3 sont au programme du mois d’avril, intéressement en juin, avant d’aborder, vers le dernier trimestre, la renégociation de l’accord télétravail et l’aménagement du temps de travail des agents de maîtrise. Ce matin-là, pourtant, la majeure partie de la réunion est consacrée à l’emploi des seniors. Trois mois après la mise en œuvre de l’accord (signé par la CFDT et la CGT) portant sur l’aménagement des fins de carrière dans les cinq sites de l’entreprise, un premier bilan d’étape s’impose pour ces militants CFDT, qui ont raflé 75 % des voix aux élections de 2023. « Il y a déjà quelques demandes de retraite progressive, remonte Catherine Giraud, la déléguée syndicale centrale (DSC), et pas mal de salariés sont intéressés par un aménagement des horaires de travail. »
Cadences et pénibilité, une réalité chiffrée
Rien de surprenant pour ces délégués syndicaux qui, tous, constatent une augmentation des cadences dans les différents sites. « Cela fait longtemps que l’on est plus aux 35 heures chez nous, note Christine Préau, déléguée syndicale à l’abattoir d’Essarts-en-Bocage. Le samedi est devenu un jour de travail comme un autre, et beaucoup de salariés ont démissionné ces dernières années parce qu’ils n’arrivent plus à suivre les rotations (deux-huit, trois-huit). » Autour de la table, les autres acquiescent. « Quand on est jeune, ça va, mais plus le temps passe, plus ça devient compliqué », abonde Christelle Durandet, déléguée syndicale à Saint-Fulgent, premier atelier d’abattage situé au cœur du bocage vendéen. Chez elle comme ailleurs, les licenciements pour inaptitude sont de plus en plus fréquents.
Selon les derniers chiffres fournis par la direction, la pénibilité toucherait directement 50,16 % des effectifs chez Maître CoQ. Dans le détail, 908 des 2 135 salariés étaient soumis en 2023 à un critère de pénibilité (principalement les gestes répétitifs, les températures extrêmes et le travail de nuit) ; et 163 sont poly-exposés, c’est-à-dire soumis à plusieurs critères de pénibilité.
Dispositifs d’aménagement des conditions et du temps de travail
Soucieux de préserver autant que possible la qualité de vie au travail de leurs collègues, les élus CFDT saisissent chaque négociation comme prétexte afin d’obtenir de nouveaux droits. Et la négo relative à l’aménagement des fins de carrière, conclue fin 2024, ne fait pas exception à la règle. Outre un volet accompagnement renforcé – à travers la mise en place d’un entretien « perspective retraite » (réalisé entre la troisième et la quatrième année avant le départ en retraite théorique du salarié) –, les salariés se verront proposer plusieurs dispositifs spécifiques d’aménagement de leurs conditions de travail mais aussi de leur temps de travail, dès 57 ans. C’est en effet à partir de cet âge que les salariés qui le souhaitent pourront ne plus travailler en équipe de nuit, ne pas travailler plus de sept heures par jour et donc ne plus faire d’heures supplémentaires.
« Nous avions demandé que ces salariés puissent être dispensés de travailler le samedi, mais cela a été refusé par la direction », précise Noëlla Desfontaine, du site de Sainte-Hermine. Les élus se disent d’ailleurs particulièrement vigilants à propos de la mise en place de cet aménagement, qui suscite un grand intérêt des salariés et qui avait déjà été amorcé lors de la négociation GEPP. « On entend déjà dire que sur certains sites, cela ne va être possible de le mettre en place. Mais si la hiérarchie a validé le principe, ce n’est pas pour revenir en arrière trois semaines sur quatre », s’agace la déléguée syndicale centrale, qui souhaite que toutes les situations de blocage lui soient remontées.
Retraite progressive et congé de fin de carrière
Trois dispositifs d’aménagement du temps de travail sont également prévus par l’accord. Une retraite progressive reprenant ce qui est inscrit dans l’accord national interprofessionnel signé fin 2024 par les partenaires sociaux est ouverte aux salariés dès qu’ils y sont éligibles et au plus tard six mois avant le départ théorique à la retraite ; tout comme la possibilité de passer à temps partiel dans le cadre du C2P (compte professionnel de prévention) au plus tôt deux ans avant le départ à la retraite. Dans les deux cas, une prime forfaitaire de 1 500 euros est versée aux salariés qui choisiraient cette modalité de temps de travail.
La dernière année avant le départ à la retraite, les salariés qui le souhaitent pourront également demander un passage à temps partiel aidé, avec une réduction du temps de travail de 20 % et une prise en charge de l’entreprise de 10 %. « Concrètement, cela signifie qu’un salarié à 80 % de temps sera rémunéré 90 % de son salaire, 70 % s’il passe à 60 %, etc. » explique Catherine Giraud.
Dernière possibilité offerte par l’accord : un congé de fin de carrière avec versement d’un acompte mensuel sur leur indemnité de départ à la retraite, pendant une durée maximale de cinq mois. Toujours inscrit à l’effectif de l’entreprise, le collaborateur continuera de bénéficier de la couverture sociale, santé et prévoyance de l’entreprise. Les élus CFDT disent avoir voulu essayer de répondre aux différents besoins exprimés par les salariés seniors avec ce panel de dispositifs d’aménagement de fin de carrière. « Une communication a d’ailleurs été faite aux salariés, assortie d’un tableau répertoriant tous les cas de figure possibles et les dispositifs auxquels ils peuvent prétendre, précise Catherine. Cela permet à chacun de savoir ce à quoi il a droit. Bien souvent, les salariés se rendent compte que certains dispositifs sont cumulables, notamment avec l’accord CET signé en juillet 2024. »
Clause de revoyure… et nouvelles demandes
L’accord, négocié pour une période de trois ans, n’est pas encore tout à fait « à la hauteur des droits que l’on aimerait pour les seniors de l’entreprise. Nous aurions souhaité, notamment, le maintien de la cotisation retraite employeur des salariés à temps partiel », développe Catherine. Un bilan est prévu en CSE central à la fin du premier trimestre 2026, et ces questions seront, à n’en point douter, mises à l’ordre du jour par les militants CFDT.
Christelle, de son côté, tient à pointer « la demande de plus en plus fréquente de salariés d’un passage à temps partiel parce qu’ils sont proches aidants » et compte faire avancer ce sujet « de plus en plus prégnant dans l’entreprise comme dans la société ». Et en ce qui concerne les cadences, une étude vient d’être demandée par la CFDT sur la recherche de postes aménagés, moins cadencés… un point que les élus espèrent pouvoir pousser lors des négociations qui arrivent.
“On doit beaucoup aux salariés de Blancafort”
Rencontrés quelques jours avant la fermeture du site de Blancafort (Cher / Centre-Val de Loire), le 31 mars, les militants d’Arrivé-Maître CoQ ont réitéré leur « soutien total » aux 119 salariés et militants de l’abattoir chérien. « Nous ne nous étions jamais rencontrés avant l’annonce de la fermeture, mais en Vendée, on leur doit beaucoup », expliquent les élus d’Arrivé. Alors que le département était touché de plein fouet par la grippe aviaire en 2023, les salariés de Blancafort sont venus leur prêter main-forte et ont assuré la production pendant plusieurs semaines. « Ils ont été d’un soutien indispensable… et moins d’un an après, on annonce leur fermeture, c’est cruel ! », juge la DSC Catherine Giraud, qui avoue « ne pas comprendre la stratégie du groupe LDC, qui consiste à spécialiser tous les sites pour permettre une meilleure rentabilité. Ils n’ont pas tiré les leçons de la grippe aviaire en concentrant les productions sur les mêmes bassins ».