Extrait du magazine n°512
Selon la secrétaire nationale de la CFDT chargée de l’international, le rapprochement entre Donald Trump et Vladimir Poutine rebat les cartes de la géopolitique mondiale. Elle estime qu’il est grand temps pour l’Union européenne de prendre ses responsabilités et d’assurer son autonomie stratégique, y compris en matière de défense.

Washington, Moscou et Pékin partagent une forme de logique impérialiste assise sur la loi du plus fort. Que penser de ce revirement ?
Donald Trump a complètement embrassé la propagande de Vladimir Poutine. Il nie l’agression russe contre l’Ukraine et fait pression pour obtenir une apparence de « paix » y compris au détriment de l’Ukraine. Cette vision du monde – qui s’illustre dans la phrase célèbre « si vous n’êtes pas autour de la table, c’est que vous êtes au menu » – constitue un inquiétant retour à la logique des empires. Face à cette nouvelle donne, la lucidité impose à l’Union européenne de s’unir et se mobiliser pour défendre et renforcer sa prospérité et son modèle de société démocratique.
“Remettre en question le pacte social en rognant sur les dépenses sociales en France ou en Europe serait une grave erreur.”
Le 6 mars, la Commission européenne a adopté un plan de 800 milliards d’euros pour « réarmer » l’Europe. Comment réagit la CFDT à cette annonce ?
Cette décision va dans le sens de l’histoire, à condition que cette somme colossale soit utilisée à bon escient. L’UE doit se doter d’un plan stratégique pour éviter que cet argent ne profite avant tout aux fabricants d’armement américains. D’une manière plus générale, c’est une véritable stratégie industrielle que l’UE doit mettre en place. Elle ne peut plus dépendre de la Russie pour son gaz, des États-Unis pour son équipement militaire ou de la Chine pour les technologies liées à la transition écologique.
Des voix lancent un appel pour une « paix à tout prix ». Que répond la CFDT ?
La paix est une valeur cardinale du mouvement syndical mondial, qui sait que ce sont les peuples qui paient le prix fort des guerres, ce que partage la CFDT. Mais la paix ne peut pas et ne doit pas se faire au prix d’un renoncement à nos valeurs et, dans le cas présent, d’un abandon de l’Ukraine à son sort. Il ne s’agit pas d’être dans une logique guerrière ni même d’envoyer des troupes massives sur le front. Il s’agit d’être réaliste face à une situation géopolitique mondiale qui a profondément changé, et de ne plus être dépendant d’une autre grande puissance pour assurer notre propre sécurité. Une « paix à tout prix » ne freinera pas les ambitions de Moscou, qui ne fait pas mystère de ses visées expansionnistes, y compris vis-à-vis des pays de l’UE tels que la Lettonie, la Lituanie ou l’Estonie.
Emmanuel Macron a laissé entendre que l’« effort de guerre » devrait s’accompagner d’une révision du pacte social.
Remettre en question le pacte social en rognant sur les dépenses sociales en France ou en Europe serait une grave erreur. Dans les moments de crise, il faut rechercher la cohésion et l’adhésion des peuples. Instrumentaliser cette crise pour poursuivre, voire amplifier, un agenda néolibéral n’est pas acceptable. Des solutions, il y en a. Cela passera par un assouplissement des règles de gouvernance économique européenne afin que les investissements militaires ne se fassent pas au détriment des investissements sociaux. Cela peut passer aussi par de nouvelles ressources financières, avec une taxation des très grandes fortunes, des transactions financières et des superprofits des entreprises multinationales, comme le défendent le mouvement syndical européen et la CFDT depuis de longs mois.