La fonction publique face au défi de l’attractivité

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icone Extrait de l'hebdo n°3946

Le 9 décembre, France Stratégie a publié un rapport accablant concernant les difficultés de recrutement rencontrées dans les trois versants de la fonction publique. Un constat sur lequel alerte la CFDT Fonctions publiques depuis des années…

Par Guillaume LefèvrePublié le 17/12/2024 à 13h00

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© France Stratégie - DR

15 % des postes ouverts aux concours de la fonction publique d’État non pourvus en 2022 (5 % en 2018), 98 % des hôpitaux qui connaissent des tensions en matière de recrutement dans au moins une spécialité médicale en 2024, 64 % des collectivités territoriales qui déclarent au moins un champ professionnel en tension en 2023… Les exemples cités par France Stratégie1 dans son rapport Travailler dans la fonction publique – Le défi de l’attractivité sont loin d’être exhaustifs. Ils témoignent pourtant d’une cruelle réalité : la fonction publique n’attire plus les travailleuses et les travailleurs, et les nouvelles vocations ne sont pas suffisantes pour assurer la qualité et la continuité des services publics sur l’ensemble du territoire. Rien de surprenant, estime la CFDT Fonctions publiques, mais des constats qui viennent « confirmer et étayer les alertes que nous lançons depuis des années », réagit Mylène Jacquot, sa secrétaire générale.

Pis, ces difficultés pourraient encore rapidement s’aggraver au vu de la pyramide des âges. « La fonction publique devrait être confrontée à des départs en fin de carrière importants, que les flux de jeunes débutants ne permettront pas toujours de remplacer », alertent encore les rapporteurs, d’autant plus lorsque ce phénomène se conjugue avec une difficulté croissante de fidélisation des agents publics.

La crise d’attractivité a déjà des conséquences sur la vie des Français

Tout cela envoie un très mauvais signal aux usagers de même qu’à la cohésion sociale. Là encore, les auteurs du rapport ne mâchent pas leurs mots. « La crise d’attractivité a d’ores et déjà des conséquences concrètes sur la vie des Français, qui pourraient s’aggraver à l’avenir du fait des absences de professeurs non remplacés, des difficultés d’accès aux soins de santé dans certains territoires et une dégradation des conditions d’accueil de la petite enfance comme des plus âgés… Les difficultés à attirer et à retenir des agents pèsent sur la qualité d’exécution des missions régaliennes de l’État, comme dans les métiers à forte dimension technologique ou stratégique pour la souveraineté nationale. »

Des pistes d’action

Seule bonne nouvelle au milieu du marasme décrit par les rapporteurs : il ne s’agit pas d’une fatalité. Afin de sortir ce cercle infernal, ils proposent plusieurs pistes d’action : un discours général de revalorisation de la fonction publique et sur le sens de ses missions, la déconstruction « des perceptions erronées et l’amélioration de la transparence sur les conditions d’exercice et la visibilité de ses carrières ». Enfin, estime France Stratégie, une réelle reconnaissance des agents publics, « y compris salariale, pour (re)donner les moyens aux agents de faire leur travail et de satisfaire leur volonté d’être utiles », est indispensable.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

« Il faut se mettre au travail dès maintenant, nous sommes prêts, insiste Mylène Jacquot. Des propositions, nous en avons. Nous avons aussi un outil : le dialogue social. » Ça tombe bien, parmi les conditions nécessaires à la réussite de cet énorme chantier, France Stratégie prévient, dans sa conclusion, qu’il sera nécessaire d’« associer les agents et leurs représentants pour s’appuyer sur leur aspiration à servir et sur leurs propositions pour relever ce défi ». Charge au prochain ministre de saisir la balle au bond.