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Des mots, des maux…
Le 4 novembre 2024, Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, a présenté un plan d’action destiné à soutenir les salariés en situation d’illettrisme ou souffrant de troubles « dys »… Une initiative saluée par la CFDT, même si elle regrette de ne pas y avoir été associée en amont.

Le plan de lutte contre l’illettrisme présenté à la fin de l’année 2024 est séduisant. Carrefour, le géant de la grande distribution, projette de former 2 000 salariés à l’acquisition des compétences de base en lecture dans les deux ans. Les outils informatiques seront également adaptés afin de permettre aux salariés de passer de l’oral à l’écrit et inversement.
Enfin, Carrefour devrait lancer un réseau interne d’entraide composé de salariés volontaires dans chaque magasin, au siège ou dans les entrepôts, qui auront pour rôle d’aider les personnes en difficulté grâce à des ateliers de lecture ou de soutien à l’utilisation des interfaces numériques.
« Chez Carrefour, les difficultés de lecture recouvrent des parcours de vie très différents. Il peut s’agir soit de personnes qui n’ont pas été scolarisées ou qui ont appris à lire et écrire mais ont perdu l’orthographe et la lecture faute de pratique, soit de personnes dont le français n’est pas la langue maternelle ou encore de personnes souffrant de troubles “dys” (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie). Chez nos collaborateurs, un grand nombre d’actes métiers sont concernés : gestion des stocks, relation clients, demande de congés, évaluations… Avec des impacts réels : sécurité, hygiène, erreurs de calcul, confusion de références, interactions avec les clients (réclamations, actes complexes, incompréhensions…) », souligne Alexandre Bompard, le PDG.
Barrière de la langue
« C’est un sujet que nous sommes contents de voir revenir, se réjouit Erwanig Le Roux, délégué syndical CFDT chez Carrefour. Le groupe s’était déjà engagé, il y a une quinzaine d’années, en matière de lutte contre l’illettrisme. À l’époque, le programme Évolupro proposait aux salariés volontaires qui se sentaient en difficulté dans ce domaine une formation en français. Nous serons toutefois très vigilants quant à la façon dont ce plan, auquel nous n’avons pas été associés, sera déployé. De plus, de nombreux salariés viennent de pays étrangers (Inde, Pakistan, Ukraine…). Ça serait bien de compléter le plan d’un volet apprentissage de la langue. »
“Il faut que l’employeur aborde le sujet dans une démarche proactive et qu’il y associe les syndicats. Nous savons faire.”
Pour cet élu du personnel, les organisations syndicales devraient être davantage associées car, bien souvent, les salariés qui sont le plus en difficulté n’osent pas aller vers ce genre de dispositif. Ou alors, ils n’ont pas l’information de son existence. « Il faut que l’employeur aborde le sujet dans une démarche proactive et qu’il y associe les syndicats. Nous savons faire. Par exemple, lors de notre enquête annuelle “conditions de travail”, nous avons remarqué que ceux qui ne répondaient pas étaient souvent ceux qui sont confrontés à la barrière de la langue. Nous avons donc adapté nos pratiques et, désormais, ce sont les militants qui posent les questions à l’oral et inscrivent les réponses des salariés directement dans le formulaire », explique-t-il.
Le militant déplore également la numérisation complète de l’entreprise (bulletins de paie, titres-restaurant, procédures RH), qui renforce encore les difficultés. « Nous venons de signer un nouvel accord collectif sur les tenues de travail. Pour toucher leur indemnité, les salariés doivent déclarer en début d’année que l’argent perçu est bien destiné à nettoyer leurs tenues. Ils avaient jusqu’au 17 janvier pour le faire sur l’outil informatique RH. Heureusement que nous étions présents dans les magasins pour leur montrer la procédure sinon plusieurs seraient passés à côté. C’est un vrai problème. »