Cinquante nuances d’adaptation au changement climatique

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icone Extrait de l'hebdo n°3957

Le gouvernement a présenté, le 10 mars, la version finale du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc 3), dans lequel figurent une cinquantaine de mesures pour préparer progressivement la société aux impacts du dérèglement climatique. Si la CFDT souligne des avancées en matière de responsabilisation des entreprises, leur mise en œuvre opérationnelle pose encore question, tout comme la sécurisation des financements.

Par Emmanuelle PiratPublié le 18/03/2025 à 13h00

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© www.ecologie.gouv.fr/

Comment préparer notre société à des hausses de températures de + 2,7 °C d’ici à 2050 et + 4 °C d’ici à 2100 ? C’est là l’objectif du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc 3), présenté le 10 mars dernier par la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. Ce document, auquel ont contribué les partenaires sociaux (lors de la consultation citoyenne ouverte en octobre 2024) était attendu.

Finalement, ce Pnacc 3 propose une véritable feuille de route afin de traiter les impacts du changement climatique dans tous les domaines : protection des populations, logement, santé, services… Ce document liste 52 mesures et prévoit plus de 200 actions à court, moyen et long terme ciblant des territoires à enjeux spécifiques (littoral, montagne, forêts) mais aussi les secteurs particulièrement vulnérables aux aléas climatiques (BTP, tourisme, agriculture, etc.).

Pas d’obligation mais des incitations

Plusieurs mesures concernent plus spécifiquement les entreprises et les branches, les incitant à prendre des engagements liés à leur stratégie et leur modèle économique, à la formation des salariés, à l’adaptation des conditions de travail ou encore à l’aménagement des locaux. Cet aspect du plan satisfait particulièrement la CFDT. « De ce point de vue, on partait de loin. Avec le Pnacc 3, on a gravi deux marches en matière de responsabilisation des entreprises », résume Anne-Juliette Lecourt, secrétaire confédérale chargée de la transition écologique juste.

Toutefois, il subsiste plusieurs bémols puisque le texte ne prévoit aucune obligation mais seulement des « incitations » (pour les entreprises comme pour les filières) et que le plan s’attache en priorité aux impacts liés aux fortes chaleurs « alors qu’il existe de nombreux autres risques qu’il s’agirait d’intégrer et de mieux documenter, ajoute Anne-Juliette. Ces enjeux devront être traités à l’échelon territorial, au sein des COP1 régionales. Dans ces instances, il faudra également intégrer les enjeux d’emplois et de compétences, un élément clé si l’on veut rendre ce plan réellement opérationnel ». Pour leur part, les COP territoriales devront associer les représentants des salariés et de la société civile afin d’avoir « les bons acteurs autour de la table ».

Des financements à sécuriser

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Si ce document de planification répond globalement aux attentes, plusieurs points clés restent à éclaircir telle la question des moyens financiers qui lui sont consacrés. Actuellement, ces financements proviennent de ponctions réalisées dans différents fonds (Fonds Barnier, Fonds vert, fléchage d’un milliard d’euros pris sur le budget des agences de l’eau…) mais se révèlent insuffisants et surtout non pérennes. Se pose également la question de la valeur juridique de ce document, que certains voudraient voir inscrit dans le code de l’environnement – ce qui lui conférerait davantage de poids juridique et garantirait son opposabilité. Il faudra enfin s’occuper du suivi et de l’évaluation de ce plan – un point que la ministre n’a pas encore éclairci.