Les discussions relatives aux retraites peuvent commencer

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icone Extrait de l'hebdo n°3954

Le 20 février, la Cour des comptes a remis au Premier ministre son rapport sur la situation financière du système de retraites. Sans surprise, les sages de la rue Cambon confirment l’analyse du Conseil d’orientation des retraites en estimant le déficit annuel du système à 6 milliards d’euros jusqu’en 2030, puis à 15 milliards à partir de 2035. Une situation certes préoccupante mais pas catastrophique.

Par Jérôme CitronPublié le 25/02/2025 à 13h00

Le 20 février dernier à Matignon, Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, remettait à François Bayrou, Premier ministre, le rapport intitulé “Situation financière et perspectives du système de retraites” en présence (de g. à dr.) de Laurent Marcangeli, ministre de l’Action publique, de la Fonction publique et de la Simplification, Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du Travail et de l’Emploi, Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, de la Solidarité et des Familles, et Éric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.
Le 20 février dernier à Matignon, Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, remettait à François Bayrou, Premier ministre, le rapport intitulé “Situation financière et perspectives du système de retraites” en présence (de g. à dr.) de Laurent Marcangeli, ministre de l’Action publique, de la Fonction publique et de la Simplification, Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du Travail et de l’Emploi, Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, de la Solidarité et des Familles, et Éric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.© Jeanne Accorsini/Pool-RÉA

Les partenaires sociaux vont enfin pouvoir se remettre à travailler au sujet des retraites et tenter de revenir sur les mesures les plus injustes de la dernière réforme. Le 20 février dernier, la Cour des comptes a remis à François Bayrou son rapport relatif à la situation financière du système, confirmant ce que la CFDT a dit et répété : il n’existe pas de « déficit caché ». Les juges de la rue Cambon tiennent un raisonnement identique à celui des membres du COR1 qui fait lui-même consensus auprès des partenaires sociaux.

Un déficit inquiétant mais pas catastrophique

Tout le monde est tombé d’accord sur le fait qu’il est impossible de comparer le système de retraites des fonctionnaires (payées par l’État) à celui des salariés du privé et d’en extrapoler un déficit caché, comme l’a suggéré à plusieurs reprises le Premier ministre (il évoquait alors un déficit de 55 milliards d’euros). Ce dernier, dans un communiqué publié le 20 février, se rallie d’ailleurs à cette analyse en demandant aux partenaires sociaux de travailler à partir des données chiffrées présentées par la Cour des comptes. « L’histoire du déficit caché est derrière nous. On va enfin pouvoir passer aux choses sérieuses », résumait Marylise Léon.

Cette clarification bienvenue ne signifie cependant pas que la partie va être facile. La Cour des comptes rappelle que les perspectives financières sont préoccupantes. Le système devrait être en déficit d’environ 6 milliards d’euros de 2025 à 2030, puis monter progressivement jusqu’à 15 milliards en 2035 et atteindre 30 milliards en 2045. Ce déficit est toutefois à mettre en regard des sommes en jeu. L’ensemble des pensions versées représente aujourd’hui près de 14 % du PIB français (soit 388,4 milliards d’euros par an).

Quelles marges de manœuvre ?

« La situation est inquiétante mais pas catastrophique, insiste la secrétaire générale de la CFDT. Il faut garder la tête froide quand on aborde un sujet comme les retraites, qui se pense sur le temps long. La CFDT a toujours dit qu’il fallait se préoccuper de ce déficit. Ce n’est pas une découverte que nous faisons aujourd’hui. Au contraire, cela confirme ce que nous disions dans la rue il y a quelques mois : la réforme de 2023 est non seulement injuste mais elle n’a rien réglé financièrement. Il faut réfléchir à de nouvelles ressources et avancer sur le taux d’emploi des seniors. »

Le rapport de la Cour des comptes montre d’ailleurs que le système, certes en déséquilibre financier, a tout de même des atouts. Ainsi, les retraites complémentaires ne sont pas en danger sur le plan financier. Le problème actuel se concentre essentiellement sur le régime général et le régime agricole (42 % du montant total des pensions).

Par ailleurs, les pensions en France ne représentent « que » 14 % du PIB – ce qui place la France dans le haut des pays de l’OCDE –, et ce taux devrait rester stable dans les prochaines décennies ; donc pas de « dérapage », en l’occurrence. Autre motif de satisfaction : le système a sorti une forte proportion de retraités de la pauvreté ces vingt dernières années. « Avec une pension moyenne s’élevant à 1 626 euros bruts par mois fin 2022, les retraités bénéficient d’une situation financière relativement favorable par rapport au reste de la population, avec notamment un taux de pauvreté inférieur, même si de fortes inégalités existent », souligne les magistrats de la Cour des comptes.

Clarifier les enjeux du dossier

Dans les faits, le rapport de la Cour des comptes et la synthèse ont le mérite de clarifier les enjeux du dossier, notamment aux yeux du grand public, mais ne sont pas de nature à faire changer les positions des partenaires sociaux. Si, selon la CFDT, ce travail a le mérite de lancer les discussions, tout reste à faire, d’autant que les discussions ne doivent pas se limiter au seul aspect financier. « Nous devons compléter ce rapport par un diagnostic social, souligne Yvan Ricordeau, secrétaire général adjoint de la CFDT et pilote des discussions retraites. Certes, l’heure n’est pas à la grande réforme des retraites que nous appelons de nos vœux (qui demanderait d’ailleurs plus de temps pour aboutir). En revanche, nous comptons obtenir des avancées concernant nos trois grandes priorités : l’âge légal, la pénibilité et l’égalité femmes-hommes. »

Rencontres hebdomadaires jusqu’à la fin mai

Si l’organisation prévue est maintenue, une première réunion avec l’ensemble des partenaires sociaux doit se dérouler le jeudi 27 février, puis le jeudi suivant et ainsi de suite jusqu’à la fin mai. Dans un premier temps, il va falloir se mettre d’accord sur le périmètre de la négociation et les acteurs concernés, ce qui n’a rien d’évident. La question de la fonction publique est notamment dans toutes les têtes. Faut-il organiser des discussions séparées ? Quid des organisations syndicales comme la FSU ou l’Unsa, qui sont puissantes dans le secteur public mais non représentatives dans le privé ? Enfin, comment faire une place aux employeurs publics ou à ceux de l’économie sociale et solidaire ? La question est d’autant plus épineuse que les systèmes sont différents mais liés. Les agents publics connaissent le même âge légal de départ à la retraite et la même durée de cotisation. En revanche, ils n’ont ni le même système de prise en compte de la pénibilité ni la même manière de calculer le montant de la pension.

Des divergences mais pas de désistement

Sur le fond du dossier, il existe aussi des divergences majeures entre les organisations syndicales. La CFDT entre dans les discussions avec l’intention d’obtenir des bougés. La CGT et FO, pour ne citer que les plus grosses organisations, revendiquent quant à elles une abrogation de la loi. La CGT évoque même un objectif de retour aux 60 ans, et FO un retour aux 37 ans et demi de cotisations. Cela dit, aucune organisation n’a (pour l’instant) décidé de se prêter au jeu de la chaise vide.

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

Côté patronal, on entend une petite musique différente entre le Medef et la CPME. Le Medef fait de la hausse des cotisations une ligne rouge tandis que la CPME a fait savoir qu’elle pourrait accepter un bougé sur l’âge en contrepartie de la création d’un étage de capitalisation. « Nous avons une opportunité d’améliorer le système pour les salariés, c’est notre rôle de syndicalistes de tout faire pour y parvenir. Cela étant, nous avons bien conscience que cela ne sera pas facile, mais ce n’est pas une raison de ne pas essayer », résume Marylise Léon. Bref, les discussions vont enfin pouvoir se tenir, mais elles s’annoncent animées !